La France abolit ses derniers textes liés à l’esclavage
L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité, le jeudi 28 mai, pour l’abrogation du Code noir et l’ensemble des textes ayant réglementé l’esclavage dans les colonies françaises.
En mai 2001, l’Assemblée nationale et le Sénat votent à l’unanimité la loi dite « loi Taubira », reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.
Vingt-cinq ans plus tard, les députés se sont de nouveau réunis dans l’Hémicycle pour abroger des textes qui témoignent de l’institutionnalisation de l’esclavage.
Cent-soixante-dix-huit ans après l’abolition de l’esclavage, vingt-cinq ans après la loi Taubira, c’est peu dire que le chemin parcouru l’a été avec une grande lenteur.
Probablement devrions-nous nous interroger sur la manière dont la République a pu, si longtemps, abolir l’esclavage sans abroger les textes qui l’avaient légalisé et encadré.
Cette grande lenteur fait écho aux écrits d’un ancien professeur de français du lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés, devenu par la suite député, ministre, puis premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.
Aux côtés d’Aimé Césaire, il a longuement travaillé sur les questions liées à l’esclavage et à la mémoire coloniale. Il écrivait ainsi : « Oui, Seigneur, pardonne à la France qui montre la voie droite mais chemine par des sentiers obliques. »
Aboli pendant la Révolution française, le Code noir a été rétabli sous Napoléon, en 1802. Depuis, il n’a jamais été formellement abrogé.
Bien qu’ils soient inappliqués depuis 1848, l’ensemble formé par ces édits royaux, réduisant des hommes, des femmes et des enfants au statut de biens meubles, n’a jamais été explicitement effacé de notre ordonnancement juridique.
Ni l’abolition de 1794, ni celle de 1848, ni la loi du 21 mai 2001 n’y ont mis un terme. Comment avons-nous pu ignorer la persistance du Code noir ?
Il n’appartient pas au législateur d’écrire l’histoire ou encore moins, de la réécrire.
L’abrogation du Code noir ne prétend pas effacer ce qui a été fait, ni en atténuer la gravité. Par cette abrogation, en revanche, nous donnons à la loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage en tant que crimes contre l’humanité, toute la force républicaine nécessaire.
S’il n’appartient pas au législateur d’écrire ou de réécrire l’histoire, il lui appartient de contribuer à dessiner un avenir meilleur. L’abrogation du Code noir n’est pas une question partisane mais une question de dignité républicaine, qui doit éclairer les générations futures.