1er mai : célébrer le travail… ou empêcher les travailleurs ?
Un boulanger isérois verbalisé ce matin, des fleuristes déjà contrôlés aux quatre coins du territoire. Comme chaque année, ce même sentiment d’absurdité : en France, le 1er mai, des travailleurs sont inquiétés par les inspecteurs du travail parce qu’ils travaillent…
Les symboles d’un gouvernement qui navigue à vue ? Un Premier ministre achetant une baguette après avoir annoncé que « les amendes ne vaudront rien », un ministre du Travail rappelant lui que les inspecteurs du travail sont libres tout en les appelant à de l’intelligence collective, tandis que le directeur général du travail demande de son côté aux contrôleurs de faire preuve de bienveillance.
Tout ceci est la personnalisation même d’une parole politique inaudible qui tente d’éteindre un incendie sans s’attaquer à la cause du feu.
Tandis que les chaînes de fast-food comme McDonald’s ou KFC restent ouvertes, les boulangeries et les fleuristes, eux, se retrouvent pris dans un flou juridique et politique. Comment expliquer qu’on puisse acheter un burger, mais pas une baguette ? Qu’on puisse dîner au restaurant, mais pas offrir un joli brin de muguet acheté chez notre fleuriste, symbole même du 1er mai ?
Derrière cette incohérence, il y a, une fois n’est pas coutume, une cacophonie politique. D’un côté, une volonté affichée par certains d’assouplir les règles, pour permettre à nos commerces de proximité de travailler avec des salariés volontaires et rémunérés double ; avec à la clef des journées décisives pour le chiffre d’affaires. De l’autre, un recul sous pression syndicale, des arbitrages hésitants, et au final une incertitude totale sur le terrain.
Dans ce débat, certaines voix à gauche continuent de défendre une lecture rigide et rétrograde du 1er mai, au nom d’acquis sociaux qu’il faudrait sanctuariser. Mais protéger le travail ne peut pas signifier empêcher de travailler. Le contexte géopolitique et notre fragilité économique n’autorisent pas l’immobilisme.
Il est temps de sortir de cette hypocrisie. Le 1er mai doit rester la fête du travail. Mais il doit aussi redevenir la fête des travailleurs. Et cela suppose une chose simple : faire confiance à celles et ceux qui veulent travailler.
À l’heure où le pouvoir d’achat est sous tension, où chaque journée compte pour de nombreux indépendants et salariés, empêcher l’activité n’est pas une protection, c’est une contrainte. Une contrainte héritée d’un autre temps, que la France ne peut plus se permettre de défendre au prix de tant de balbutiements.