L’OTAN ne peut pas être l’outil de la prédation américaine
Les bouleversements internationaux auxquels nous assistons exigent que nous puissions, ensemble, partager et peut-être unir nos points de vue et nos objectifs pour la France.
Le monde est devenu instable et dangereux.
Il l’est par les déclarations et les actes de nombreuses puissances internationales qui assument pleinement leurs velléités, leur volonté impérialiste ou expansionniste.
C’est le cas plus particulièrement de trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU : la Russie, la Chine et les Etats-Unis.
Aucun d’entre eux n’a hésité à piétiner le droit international qu’ils étaient pourtant censés garantir.
Depuis plus de soixante-dix ans, la France a construit sa politique internationale sur la base de son indépendance et du respect de la souveraineté des nations démocratiques.
Cela suppose une capacité de dialogue avec tous les pays, dans le cadre d’un monde multipolaire.
La France n’est pas un pays aligné, pas même sur les Etats-Unis.
Elle porte, depuis toujours, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU comme au sein de l’OTAN, une position singulière que lui confèrent son statut de puissance nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le cas du Vénézuéla doit nous permettre d’affirmer la constance des principes diplomatiques de la France.
L’enlèvement du dictateur Nicolás Maduro par les Etats-Unis ne répond pas aux impératifs de démocratie et de liberté du Vénézuéla et du peuple vénézuélien.
A quoi bon enfreindre le droit international par une intervention militaire dans un pays étranger si cela conduit, ensuite, à continuer à dialoguer avec un régime qui n’a pas changé et qui continue d’opprimer son peuple ?
Il y a eu des élections au Vénézuéla. Leur vainqueur est Edmundo Gonzales Urrutia. Il devrait donc être l’interlocuteur reconnu par la France. Or, ni la France ni l’Europe n’ont fait ce choix.
Il s’agit, en réalité, d’un renoncement grave aux valeurs de liberté et de démocratie que nous prétendons défendre.
Cet alignement sur la diplomatie américaine est un affaiblissement de la diplomatie française et porte atteinte à notre crédibilité internationale.
Certes, les Etats-Unis d’Amérique dominent l’OTAN par leur puissance militaire.
Mais nous ne pouvons pas nous aligner sur un partenaire qui modifie seul l’ordre du monde au gré de ses intérêts exclusivement économiques.
Si les Etats-Unis persistent dans cette logique unilatérale, si les menaces concernant le Groenland venaient à se concrétiser, alors, la question de la position française au sein de l’OTAN devra être clairement posée.
L’OTAN ne peut pas être l’outil de la prédation américaine.
La France doit être une puissance d’équilibre, capable de porter une parole forte et indépendante partout dans le monde, quel que soit l’interlocuteur.
Pour assumer ce rôle qui est le nôtre au moment où le dérèglement mondial s’opère à une vitesse vertigineuse, il nous faut une autonomie stratégique, militaire et diplomatique.
Cette autonomie stratégique repose sur notre de volonté collective de ne renoncer ni à notre histoire, ni à nos valeurs. Mais elle repose aussi dans le moment présent à notre capacité à nous doter des moyens nécessaires, notamment budgétaires sans lesquels rien n’est possible.